LA CHAMBRE NOIRE
La Chambre Noire de Yannick Cosso, de l’ombre à la lumière
L’artiste expose 11 de ses œuvres les plus abouties au Centre culturel Prince Jacques de Beausoleil jusqu’en juillet 2024. Un parcours qu’il envisage comme la volonté de « représenter le non représentable ». Des dessins au fusain jouant l’obscur et le clair, interprétant les sensations et approchant ou tentant d’approcher l’insondable de l’être. Jusque dans ses pensées nocturnes.
Attirant, fascinant, dérangeant aussi parfois, l’art de Yannick Cosso ne peut, en aucun cas, laisser indifférent. Le parti pris du medium en dit déjà long. Ce fusain, unique support à la palette quasi-monochrome s’avère révélateur d’une technique où le geste et l’inspiration l’emportent sur l’outil lui-même. En 11 panneaux, l’artiste joue avec la sensibilité du spectateur, le contraint à s’interroger au plus profond de lui-même, à explorer l’indicible. L’ombre du Cauchemar de Johann Heinrich Füssli (1781), plane sur les œuvres de l’artiste comme une inévitable source d’inspiration.
Et son parcours artistique de n’est pas étranger à cette attirance pour le corps, pour le mouvement. Celui qui a fréquenté le Pavillon Bosio, dont il est sorti diplômé avec les félicitations du jury en 2014, s’est d’abord orienté vers la scénographie. De multiples collaborations, y compris avec la prestigieuse Compagnie des Ballets de Monte-Carlo, lui ont immanquablement imprimé un goût certain pour ces deux éléments. Au point que certains de ses dessins se réalisent au travers de corps passagers enduits de fusain qui dessinent le mouvement et ouvrent la voie de l’interprétation la plus subjective.
Mais il existe un autre medium dont le rôle s’avère important pour comprendre l’art de Yannick Cosso : la photographie. Et si l’exposition qui se déroule actuellement au Centre culturel Prince Jacques prend pour nom La Chambre Noire, ce n’est pas sans raison. La chambre y évoque bien évidemment l’univers de l’intimité, la couleur noire, celui du cauchemar habité de ses incubes et succubes issus de la mythologie. Mais il s’agit également, on l’aura aisément deviné, d’une référence à la chambre noire, en photographie. « La photo est là pour servir le dessin », confie l’artiste dont les œuvres peuvent explorer l’intangible comme se fondre avec une incroyable précision en un cliché tel qu’il en devient difficile de croire qu’il s’agit d’un dessin.
Pour autant, ce romantisme noir, cette forme de spleen bien connue en littérature, par la beauté du trait et son élégance, parvient à séduire un large public, y compris parmi ceux que la thématique du cauchemar pourrait initialement ne pas attirer. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que l’artiste né en 1988, membre du Logoscope - Laboratoire de recherche et création de Monaco - a exposé son travail à Paris, Marseille, Nice ou encore Monaco dans des expositions personnelles et collectives. Il donne également des cours au Pavillon Bosio et anime de nombreux ateliers.
— Georges-Olivier KALIFA